Blog

Accompagner le processus de deuil

Le processus de deuil

La pandémie de corona virus plonge la France et le monde dans une situation inconnue : non seulement nous ne pouvons plus vaquer à nos occupations habituelles mais nous sommes contraints de nous enfermer, de télétravailler, de supporter la solitude ou la promiscuité. Cette situation s’apparente à un deuil.

Rompant avec nos habitudes, nous vivons des moments inconfortables. Notre moral est en berne, certains restent assez sereins mais d’autres sont très anxieux. Nous entrons progressivement dans un processus de deuil. Mais qu’est-ce qu’un deuil ?

Le processus de deuil

Le plus souvent associé à la perte d’un parent, d’un ami, d’un enfant, un deuil est une perte douloureuse, une affliction, qui ne nous laissera plus jamais comme avant.

Le deuil d’un idéal

Les pertes de personnes aimées sont les plus dures à vivre, mais il est des deuils tout aussi douloureux, tels que la perte d’un emploi, d’une maison, et dans le cas qui nous occupe, la perte de valeurs et de croyances fortes, d’un idéal.

Que nous disent les neurosciences

Les neurosciences nous apprennent que l’être humain est animé par ses émotions. Ce sont les hormones et neurotransmetteurs qui génèrent nos émotions, nous meuvent, nous font agir, nous rendent vivants. On les classe en 2 grandes catégories : ceux qui produisent du plaisir et les autres.

Lorsque notre cerveau libère des hormones de plaisir, nous sommes heureux, nous aimons cela et nous en redemandons. C’est la raison pour laquelle, nous avons tendance à cultiver les comportements et les croyances qui nous procurent du plaisir, en déniant si nécessaire, ce qui est déplaisant.

L’état de choc

Lorsque la réalité nous prive de ce à quoi nous tenions, nous subissons un choc.

Les hormones de stress sont alors automatiquement libérées dans l’organisme, avec une conséquence majeure : elles enclenchent immédiatement les réactions de survie que sont la stupeur, la fuite ou l’agressivité.

Impossible lorsqu’on est en état de choc, de réfléchir, de communiquer ou de ressentir autre chose que de la stupeur ou des émotions. Le cerveau est comme « anesthésié ».

Voir sur ce thème la vidéo de D. SERVAN SCHREIBER qui illustre ces fonctionnements.

Un exemple de ces réactions de survie nous est fourni par les comportements de ceux qui se ruent dans les magasins pour acheter tout et n’importe quoi ou faire des stocks insensés.

Les étapes du deuil

Lorsqu’on est en état de choc, la souffrance peut être si grande que l’on a l’impression qu’on n’en sortira pas. Pourtant, le deuil est un processus évolutif, caractérisé par une succession d’étapes.

A chaque étape correspond une émotion particulière, c’est d’ailleurs ainsi qu’on reconnaît à quelle étape du processus une personne se situe. Les principales émotions manifestées sont la peur, la colère et la tristesse, mais il peut aussi s’agir de la stupeur, qui elle, n’est pas toujours perceptible.

Respecter les étapes du deuil est indispensable si l’on veut accompagner le processus de deuil.

ACCOMPAGNER LE PROCESSUS DE DEUIL

Accompagner le processus de deuil est un parcours qui comporte 8 étapes : le déni, la colère, la négociation, la tristesse, et l’expérimentation, la décision, l’intégration.

Dans nos pratiques de management, nous en observons surtout 6, associées à la manifestation des émotions : le déni, la colère, la tristesse et la résignation, le marchandage et l’acceptation. Chaque étape est caractérisée par un type particulier d’émotion.

Les étapes du processus de deuil

  • L’étape du déni

Le choc produit par une nouvelle douloureuse perçue également comme dangereuse, génère quasi automatiquement une réaction de déni. « Mais non, ce n’est pas possible ! »

La pandémie du corona virus se développe dans un contexte lié au réchauffement climatique. Et même si l’on sait que ce réchauffement va libérer d’autres virus, créer des incendies, des famines, des phénomènes migratoires, annonciateurs de bien d’autres malheurs, on n’y croit pas. Sous sommes collectivement dans le déni de la réalité.

Le déni est une propriété du cerveau ayant pour effet de nous protéger d’un choc trop violent qui mettrait notre vie en danger.

Refuser le réel nous donne le temps de nous accoutumer à l’idée insupportable avant d’être capable de nous y confronter.

C’est la raison pour laquelle, à cette étape du processus de deuil, nous refusons toute vision du futur, étant au tout début du processus, dans le déni d’une réalité qu’on rejette.

Certains refusent le confinement ou ne respectent pas les « gestes barrières ». Ils ne croient pas au danger.

A cette étape, que peut faire le manager ?

Imposer brutalement une vision réaliste de la situation génère automatiquement des mécanismes de défense et du rejet. A cette étape du déni, ce sont les croyances de la personne qui s’imposent à elle et non la réalité.

Il faut pourtant faire accepter la réalité, poser des limites et des règles, travailler.

Mais il faut présenter les choses de manière progressive et douce, en lâchant prise à la moindre résistance. Le temps fera son œuvre de toute façon et le réel finira par s’imposer.

A cette étape, le manager ou la manageuse peuvent favoriser les échanges, permettre aux personnes d’exprimer leur choc, d’évacuer leurs émotions sans tomber dans la dépression.

  • La colère

Lorsque le réel commence à s’imposer, c’est la colère et la peur, avec les manifestions associées qui prennent le relai : lutte, fuite, agressivité.

Ces réactions sont très normales. Ce sont des automatismes inscrits dans notre conditionnement neuronal comme des mécanismes de défense nous permettant de faire face à un danger imminent.

A cette étape, que peut faire le manager ?

A cette étape, le manager, la manageuse doivent prendre sur eux et contrôler leurs envies de réagir, de s’opposer, de rationaliser. « Mais voyons, ce que tu dis n’est pas possible ! » Ce genre de réaction est contre-productif. La personne ne se sent pas entendue, pas comprise. Cela renforce le stress qui monte alors  d’un cran.

Comme le montre la vidéo de D. SERVAN SCHREIBER, rappelons que, sous l’effet des émotions,  nous n’avons pas accès à tout notre cerveau. Tenter de raisonner une personne sous stress est peine perdue.

  • La tristesse et la résignation

Une fois la peur acceptée survient le chagrin avec, bientôt, un immense sentiment d’impuissance.

Devant l’étendue des dégâts, que pouvons-nous faire ? Un grand nombre d’entre-nous à cette étape, pleure amèrement. Mais bientôt, la tristesse va laisser place à la résignation et l’on va chercher à accepter l’inacceptable.

Nous broyons des pensées déprimantes : « Oui, nous allons mourir (les autres, bien sûr, pas nous…), la mort fait partie de la vie, nous sommes trop nombreux, la nature reprend ses droits… etc. »

C’est l’étape des pensées noires, parfois très noires.  Ce chagrin marque la phase la plus douloureuse du processus de deuil : accepter la perte.

Mais c’est aussi le début de l’acceptation. Et comme rien n’est permanent l’étape suivante permettra de retrouver un peu d’espoir.

A cette étape, que peut faire le manager ?

Le manager ou la manageuse à cette étape, a un fort sentiment d’impuissance et n’ont pas le moral non plus.

Il faut savoir que parler, se plaindre, échanger, pleurer sont nécessaires. Il n’y a pas de honte à avoir.

Ne pas avoir peur des larmes

Pleurer est utile. Savez-vous que les larmes contiennent des substances nocives qui, si elles ne sont pas expulsées restent à l’intérieur de l’organisme ? Ce qui sort de soi est éliminé plus rapidement que ce qui reste à l’intérieur.

Le manager et la manageuse doivent prendre en compte le fait que face à une situation à laquelle elles ne sont pas préparés, certaines personnes paniquent à l’idée de perdre leur entreprise, leur emploi.

Elles peuvent connaître des états émotionnels extrêmes très perturbants pour les managers non habitués à ce type de situations. Leurs réactions peuvent sembler très excessives.

Il ne faut pas en avoir peur et surtout, ne pas confondre les pleurs et la dépression. Les pleurs qui accompagnent des sentiments de colère, d’injustice, de rejet, sont des signaux que la personne est bien vivante, qu’elle se débat et qu’elle se bat.

La dépression s’accompagne d’une perte de désir. Elle nécessite des soins appropriés que seul un professionnel de santé est en mesure de dispenser.

Le rôle du manager est alors d’alerter le service RH de l’entreprise, la médecine du travail ou d’adresser la personne à un psychologue ou un médecin.

Dans tous les cas, rassurer, soutenir, réconforter sont les bonnes attitudes à adopter. Et accepter que la personne va avoir besoin d’un peu de temps pour se remettre de ses émotions.

A cette étape, il faut être attentif(ve) et bienveillant(e) et surtout, ne pas penser qu’on peut faire quelque chose pour que « ça aille mieux ».

Chacun vit son deuil à sa façon, cela nécessite du temps. Nous ne pouvons intervenir mais seulement accompagner.

  • Le marchandage

Pour un être humain, le sentiment d’impuissance est inacceptable : après un temps de désespoir vient alors l’étape du marchandage. Le désir d’action reprend le dessus et l’on veut composer avec la réalité. « Que pouvons-nous faire ? » ; « Comment pouvons-nous nous accommoder de cette réalité ? »

Des tas d’idées fusent. « On pourrait changer nos modes de consommation » (mais conserver le modèle économique actuel), « On pourrait consommer toujours autant, mais différemment… »

Mais le réel n’est pas négociable. Au début, toutes les solutions sont irréalistes car encore trop empruntes des souvenirs du passé. La situation réelle n’est pas encore intégrée.

La mise à disposition de toutes les informations utiles est alors nécessaire car ce sont ces informations qui vont permettre de s’approprier la nouvelle réalité.

Encourager le débat collectif sur ces questions est très utile également car cela va permettre aux individus isolés de faire groupe, de retrouver une place, un rôle, une identité.

Mais le processus de deuil se poursuit. Peu à peu, il va falloir faire le deuil des fausses solutions et ce n’est que lorsqu’on aura véritablement tout perdu et qu’on l’aura accepté, qu’il deviendra possible de reconstruire.

  • L’acceptation et la reconstruction

Rappelons-le : le deuil est une perte. Nous perdons quelque chose à quoi nous tenions énormément, et c’est définitif. Le passé ne reviendra pas et il va nous falloir l’accepter.

Le deuil que nous vivons est celui de nos espérances et de nos croyances en un monde dont nous pensions que la sécurité était assurée par la performance, la croissance et le marché.

La période actuelle nous montre qu’il s’agissait d’illusions mais pendant des siècles, pour nous, ce monde était réel, nous l’avons voulu et construit.

Comment accompagner le processus de deuil

Étymologiquement, accompagner, signifie « Etre dans le mouvement, avec » et « compagner » signifie « manger du pain avec ». On voit bien alors comment il est important d’accompagner le mouvement et non de l’impulser.

Accompagner, c’est être, à côté, voire légèrement en retrait, mais jamais devant.

Tout au long du processus, retenons que moraliser, confronter, ou se poser en donneur de leçons, crée des résistances et retarde la guérison. Ecouter, compatir, rester neutre et bienveillant(e) facilitent le deuil.

A toutes les étapes du deuil, il est donc essentiel de :

  • Aider ceux qui souffrent à exprimer leurs émotions, voire leur angoisse,
  • Aider à exprimer les peurs, même irrationnelles, et écouter,
  • Positiver, mais discrètement,
  • Accepter le marchandage car ce sont les prémices à l’acceptation,
  • Montrer les bénéfices que va produire la nouvelle situation,
  • Préparer la reconstruction en identifiant ce qu’il est possible (et bien réel) de faire,
  • Informer le plus utilement possible afin de préparer le retour du réel,
  • Rompre la solitude en faisant une large place au groupe. N’oublions pas que souffrir seul est très douloureux. La présence d’autre personnes apaise et allège le fardeau. La présence du groupe est un réconfort.
  • Favoriser la créativité individuelle et collective, le jeu, l’humour sous toute leurs formes.

Protéger les autres et se protéger soi

Un grand nombre de managers et de manageuses ont un grand sens des responsabilités.

Dans ces situations difficiles, ils s’interrogent sur ce qu’ils peuvent faire : la réponse est simple : rien, ou pas grand-chose. Juste accompagner.

S’engager et engager les autres trop vite dans l’action risque de retarder le processus de deuil et donc, prolonger la souffrance. C’est surtout au niveau de la relation que vous pouvez être utile.

Mais, tandis que vous allez faire tout ce que vous pouvez pour aider les autres, pensez aussi à vous.

Protégez-vous. Soyez fier(e)s de tout ce que vous faites déjà. Vous n’êtes pas responsable des autres et vous faites de votre mieux.

Gardez confiance. Cette crise ne durera pas, et si nous restons positifs et unis, nous trouverons des solutions.

LE STRESS AU TRAVAIL

Pour connaître les sources de stress les plus fréquentes, téléchargez gratuitement « Détecter les risques psycho-sociaux ».

LE STRESS DES ENFANTS

Vous pouvez aussi visiter le blog de Cécile DUHIL, psychologue spécialiste de la gestion des émotions et son article « LE STRESS DES ENFANTS. Comment vivent-ils cette période de confinement? »   

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

You may use these HTML tags and attributes:

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>