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Le complotisme

La pire peur des êtres humains est de ne pouvoir contrôler leur vie. L’époque actuelle nous prive de cette possibilité, et, devrais-je dire, de cette illusion. Elle nous demande au contraire de nous adapter. Certains n’y parviennent pas et perdent espoir, avec comme seule ressource, celle d’imaginer le pire. Peu à peu, leur vision du monde s’assombrit, faisant le lit du complotisme.

Le développement du complotisme

On peut définir le complotisme comme la croyance qu’il existe des personnes, des groupes, disposant de suffisamment de pouvoir pour imposer leur volonté au plus grand nombre, de manière dissimulée. L’illusion de surpuissance est ici aux commandes. (Lire les articles « Le pouvoir personnel » et « La puissance de l’adulte ».

On ne devient pas complotiste du jour au lendemain. Sans doute cette croyance se développe-t-elle à la suite d’expériences traumatiques, d’échecs et de peurs intériorisées. La réalité étant trop difficile à affronter, se met alors en place un mécanisme de défense paranoïaque commun à tous les complotistes : le déni de la réalité.

On a pu  croire que le complotisme est plus répandu dans les milieux sociaux défavorisés. Il n’en n’est rien. Les personnes adeptes des théories du complot se retrouvent dans tous les secteurs et dans tous les milieux, y compris les plus éduqués et les plus aisés. Ca n’est ni une question de condition sociale ni ne pauvreté, c’est une question de défiance et de ressentiment. Il n’est pour s’en convaincre que de voir les positions prises par des célébrités pour promouvoir le film « Hold-dup » ou pour dénigrer la vaccination.

Les managers confrontés aux difficultés psychologiques des collaborateurs

Un récent sondage montre que 20 % des français ont le moral en berne. Le confinement, la peur du chômage, l’insécurité, et surtout la solitude assombrissent l’horizon de nombreuses personnes. Elles perdent confiance et envisagent le pire, faisant le lit du complotisme. (Lire l‘article « Confiance »).

Certains collaborateurs sont extrêmement anxieux et commencent à crier au complot. Que faire, face aux peurs qu’ils expriment ?

France Inter, ce vendredi 20 novembre, consacre une émission à ce sujet. Cynthia FLEURY, psychanalyste et philosophe, professeur titulaire de la chaire « Humanités et Santé » au CNAM, décrypte le phénomène et suggère quelques comportements aidants.

Voir le site de l’émission

Comment agir ?

Comment le manager, le formateur, le coach, peuvent-ils agir pour améliorer les choses ?

« Ca n’est pas facile », dit Cynthia FLEURY. Il faut rétablir le lien. « La seule manière d’être en lien c’est de ne surtout pas aller sur ce terrain, de parler de tout autre chose et de reproduire du lien empathique sur des objets neutres. »

Rétablir le lien

L’être humain est un animal social. Nous le savons tous. De tous temps, c’est le lien social, le groupe, la famille, qui ont permis aux humains de se défendre contre les aléas de la vie, de s’entraider, de se sentir moins seuls et moins fragiles.

A partir des années 1950 et avec l’introduction des écrans dans nos vies, ce lien social a cessé d’être une priorité.

Toujours plus de solitude

Nos habitudes ont changé, le temps passé devant les écrans est  devenu de plus en plus important, avec une conséquence majeure : nous avons cessé de nous parler, et ce, pour une raison très simple : on ne parle pas à un écran, on ne discute pas avec lui, on n’échange pas. On absorbe l’information, c’est tout.

Avant l’arrivée des écrans, nous étions moins informés et moins instruits, moins riches aussi. Mais nous étions socialement actifs. La rencontre, le débat, la lutte pour défendre des intérêts ou des idéaux animaient la vie sociale et politique. Les écrans nous ont rendus passifs et… dépressifs.

Etre en relation, créer du lien est le fruit d’un apprentissage social. Avec le temps, nous avons cessé d’apprendre et adopté des comportements de plus en plus individualistes. Certains jeunes commencent à être un reflet désolant du paroxysme de cette solitude numérisée.

« Faire » et « être »

Dans les entreprises, la compétition permanente a laissé de moins en moins de place au lien social qui nécessite du temps, du temps « perdu ».

Pour être les meilleurs, avons-nous cru, nous avons choisi de « faire » plutôt que « d’être ». Nous en mesurons aujourd’hui les effets.

L’être humain ne peut pas se contenter de faire et de prendre. Il doit aussi pouvoir écouter, sentir, observer, communiquer, rire, s’amuser, aimer et donner. « Perdre son temps ».

Aimer ses collègues et ses clients procure un bien-être réel. Rétablir l’équilibre entre faire et être est indispensable. Si nous n’y prêtons pas rapidement attention, qu’en sera-t-il de notre performance et de l’état du monde dans quelques années, avec une population déprimée, violente et une génération inadaptée ?

Ensemble

Heureusement, tout n’est pas si dramatique et l’avenir n’est pas si sombre qu’on pourrait le penser. Si aujourd’hui, 20 % des français sont déprimés, il en existe 80 % qui gardent espoir et cherchent à s’adapter. (Pareto quand tu nous tiens !)

Parlons, communiquons, échangeons, manifestons notre engagement dans des actions positives, soyons leaders. Ne laissons pas les réseaux sociaux envahir le paysage, valorisons tout ce qui va bien. Nous pouvons ramener de la nuance et de la raison dans le débat public et nous devons le faire.

Nous sommes le plus grand nombre. Ensemble, j’en suis certaine, nous relèveront les formidables défis qui nous attendent.

Pour aller plus loin…

France inter logo

France Inter

L’émission LE GRAND ENTRETIEN du 20 novembre est consacrée à la question du complotisme et du ressentiment. La page du site de France Inter diffuse toutes les vidéos de Cynthia FLEURY sur le thème du ressentiment et des risques qu’il fait courir à la démocratie.

Voir la page.

Voir aussi le livre de Cynthia Fleury « CI-GIT L’AMER »

Ci-git l'amer

Extrait du résumé du site « Chasse aux livres ».

La philosophie politique et la psychanalyse ont en partage un problème essentiel à la vie des hommes et des sociétés, ce mécontentement sourd qui gangrène leur existence. Certes, l’objet de l’analyse reste la quête des origines, la compréhension de l’être intime, de ses manquements, de ses troubles et de ses désirs. Seulement il existe ce moment où savoir ne suffit pas à guérir, à calmer, à apaiser. Pour cela, il faut dépasser la peine, la colère, le deuil, le renoncement et, de façon plus exemplaire, le ressentiment, cette amertume qui peut avoir notre peau alors même que nous pourrions découvrir son goût subtil et libérateur. L’aventure démocratique propose elle aussi la confrontation avec la rumination victimaire. La question du bon gouvernement peut s’effacer devant celle-ci : que faire, à quelque niveau que ce soit, institutionnel ou non, pour que cette entité démocratique sache endiguer la pulsion de ressentiment, la seule à pouvoir menacer sa durabilité ? Nous voilà, individus et État de droit, devant un même défi : diagnostiquer le ressentiment, sa force sombre, et résister à la tentation d’en faire le moteur des histoires individuelles et collectives.

 

Lire aussi l’article consacré aux biais cognitifs et à la distorsion de la réalité.
Voir l’article.

 

 

 

coeur rouge

Le processus de deuil permet de comprendre comment accompagner au mieux une personne en difficulté.
Voir l’article.

 

 

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