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Le pouvoir personnel

Le pouvoir personnel

Comme nous allons le découvrir dans cet article, l’être humain est un être de désir et de pouvoir. Mais qu’en est-il vraiment de notre pouvoir personnel ? Est-il réel, contraint, et par qui, par quoi ?

Qu’est-ce que le pouvoir personnel ? Qu’est-ce qui le caractérise ? Est-il universel ? D’où vient-il ? Comment s’exerce-t-il dans notre sphère familiale, en entreprise et en politique ? Et en ces temps troublés, avons-nous le pouvoir de changer les choses ? Comment être acteur ou actrice de sa vie ?

Pour tenter de répondre à ces questions complexes, nous vous proposons une série d’articles (à paraître), pour décrypter la notion de pouvoir sous différents aspects : le pouvoir personnel, le pouvoir hiérarchique, le pouvoir politique, le pouvoir du marketing et des écrans et enfin, le pouvoir dans les nouvelles formes d’organisation collaboratives.

LE POUVOIR PERSONNEL

Le dictionnaire Larousse définit le pouvoir comme « la propriété, la capacité de produire certains effets », autrement dit, la capacité à agir, à influencer l’environnement.

Le pouvoir est inhérent aux êtres vivants dès leur naissance car il est l’expression de la nécessité de satisfaire un besoin.

LA PUISSANCE DU DÉSIR

A la naissance, le nourrisson, si fragile et dont le développement est loin d’être terminé, a pourtant le pouvoir d’influencer son environnement et d’obtenir ce qu’il désire. Il le fait en pleurant et criant quand il a faim, quand il souffre ou qu’il s’ennuie.

Il n’y a qu’à voir alors ses parents se précipiter pour le satisfaire pour comprendre qui, à cet instant, a le pouvoir.

Le nouveau-né, et, dans les mois qui suivent, le bébé, puis le très jeune enfant, grandit en cherchant à obtenir ce qu’il veut. Les grimaces, les cris, les pleurs, la colère, et bientôt, les sourires sont les moyens d’expression dont il dispose. Ces manifestations instinctives et spontanées peuvent être extrêmement fortes, voire violentes : s’il n’est pas content, il nous le fait savoir. Les psychologues parlent de « la rage du nourrisson ».

LE STADE DU « NON »

A l’apparition des premières dents, l’enfant va chercher à « mordre » à la fois physiquement et symboliquement mais c’est vers seulement vers 18 mois qu’il commence à parler. Il peut alors dire « non » et s’opposer.

Les besoins de pouvoir sont donc très présents dès la naissance. Par la suite et durant toute sa vie, le petit être humain ne va cesser de chercher à exercer son pouvoir de toutes les manières possibles. Il y parviendra plus ou moins bien selon les personnes rencontrées et les situations.

LE CONDITIONNEMENT

L’éducation, l’attitude des parents revêtent une grande importance dans la manière dont l’enfant va apprendre à exercer son pouvoir. Fait-on preuve de trop d’autorité envers lui ? Il apprend alors à se soumettre sans condition. Est-on trop permissif ? Il intègre qu’il a tous les droits, trop protecteur ? Il se sentira fragile et impuissant.

Ces exemples binaires sont excessifs bien sûr, car les choses sont rarement aussi simples, mais nous connaissons tous de pauvres êtres sans défense et de vrais petits dictateurs.

Ce qui est certain, c’est que ces années d’apprentissage et d’imitation des parents vont exercer sur l’enfant un conditionnement qui va perdurer toute la vie.

Céline ALVAREZ, pédagogue spécialiste des neurosciences, présente ce mécanisme dans la vidéo «La plasticité cérébrale chez l’enfant ».

POUVOIR, C’EST D’ABORD DÉSIRER

La psychanalyse, et maintenant, les neurosciences, montrent que le pouvoir exercé par l’enfant dès la naissance est la manifestation d’un besoin ou d’une pulsion : manger, boire, avoir un bonbon, un jouet, ne pas aller dormir, etc. C’est de cette manière que le petit être vivant va obtenir ce dont il a besoin pour vivre et se développer. Dès cet âge, pouvoir, c’est d’abord désirer.

BESOIN ET PULSION

Les notions de pulsion et de besoin sont suffisamment proches pour être confondues. Elles sont pourtant bien différentes. Qu’appelle-t-on «besoin» et qu’appelle-t-on «pulsion» ?

LA PULSION

On s’accorde à définir la pulsion comme une force, une poussée interne, involontaire et inconsciente qui nous pousse à agir : la pulsion sexuelle et la pulsion d’autoconservation sont très connues, mais on peut aussi citer, la faim, la soif, la réaction d’auto-défense, et, de nos jours, la pulsion d’achat, etc.

Les pulsions de vie et de mort (voir la pulsion d’emprise), les plus archaïques préexistent à l’éducation et au développement de l’enfant ce qui explique qu’il est possible de retrouver, à l’âge adulte, des personnalités marquées par le désir de vie, de découverte et de plaisir et d’autres par le besoin de détruire et de se détruire.

C’est Sigmund Freud, qui le premier, à travers sa théorie de la libido, a théorisé l’existence du désir, des pulsions et du plaisir à les satisfaire.

De nos jours, les IRM confirment que de la dopamine est libérée dans le cerveau chaque fois qu’un plaisir est produit. Nous en reparlerons lorsque nous évoquerons le pouvoir du marketing et des écrans.

Voir la vidéo « 2 minutes pour comprendre, LA DOPAMINE». Avec Emmanuelle Lecornet Sokol Endocrinologue Diabétologue. Présenté par Jean-Claude Durousseaud.

Et si c'était hormonal

LE BESOIN

Au niveau du ressenti, le besoin peut ressembler à la pulsion, mais leurs natures sont différentes.

La pulsion est une force brute qui vient de l’inconscient et réclame une satisfaction immédiate tandis que le besoin est plus élaboré, plus complexe à satisfaire, souvent plus conscient : besoin d’appartenir à un groupe, une communauté, besoin de créer, besoin de sens, et, tandis que la satisfaction de la pulsion laisse place à la détente et au vide, la satisfaction d’un besoin nourrit la personne en profondeur et pour un temps plus long.

Les fondamentaux du management

Voir le dossier « LES FONDAMENTAUX DU MANAGEMENT » qui évoque les questions de valeurs, besoins, motivations humaines grâce aux apports des sciences sociales et des neurosciences.

 

 

 

 

 

 

Une personne dont les besoins vitaux sont satisfaits est heureuse et sereine, en paix avec elle-même et avec les autres tandis que la satisfaction des pulsions n’apporte rien de très essentiel.

Les pulsions d’achat sont à ce titre, très significatives : elles satisfont un besoin immédiat, superficiel, mais ne participent pas de la construction de la personnalité ni d’un épanouissement durable.

Prenons un exemple : nous voyons un objet dans la vitrine d’un magasin et en ressentons une forte envie. Nous entrons et l’achetons. Une fois l’achat effectué, nous ressentons, au mieux, un petit ou un grand plaisir, au pire, un vague sentiment de culpabilité parce qu’au fond, nous savons que nous n’avions pas besoin de cet achat. Nous avons cédé à une pulsion, sans y réfléchir plus que ça.

LA COMMUNICATION NON VIOLENTE

La Communication Non Violente définit le besoin comme ce qui est essentiel à la vie et en dresse une liste. Elle pose en principe que pour être en paix avec les autres, il faut l’être avec soi-même et donc, satisfaire à ses propres besoins.

C’est le propos que développe Thomas d’Assembourg dans son ouvrage « CESSEZ D’ËTRE GENTIL, SOYEZ VRAI »

Les besoins de se nourrir, d’être aimé(e), touché(e), d’être en bonne santé sont vitaux. Mais le sont également des besoins plus complexes : se sentir en sécurité, avoir un travail, pouvoir échanger avec ses collèges et s’impliquer dans sa vie professionnelle. Nous savons bien que ces besoins ne sont pas toujours satisfaits.

L’OMNIPOTENCE DU NOURRISSON

Les pulsions de l’enfant s’expriment comme un besoin vital qui s’impose à lui. Pourtant, si certaines le sont, elles ne le sont pas toutes : s’approprier le jouet du petit camarade de la crèche n’est pas vital, ni lui prendre son goûter. Mais l’enfant ne sait pas faire la différence.

Ce n’est que vers 8 ans que l’enfant commence à comprendre les mots qu’on lui adresse et seulement vers 24 ans que son cerveau atteint son complet développement. En attendant, ce qu’il ressent avec beaucoup d’émotion s’impose à lui : Il cherche tout naturellement à obtenir ce qu’il désire.

A cet âge, le pouvoir personnel est au cœur de son développement. L’enfant l’expérimente de toutes les façons possibles.

Il croit qu’il est normal de faire du bien comme du mal, d’avoir et de faire ce qu’il veut et est persuadé qu’en grandissant, comme papa ou maman, il aura tous les pouvoirs. Un jour, il (elle) sera un héros ou une princesse et il (elle) pourra faire ce qu’il(elle) veut !

Super wooman

L’IDEAL DE SURPUISSANCE

L’idéalisation de la surpuissance est caractéristique de l’enfance. C’est l’époque des supers héros aux super-pouvoirs, aux capacités surhumaines extraordinaires et l’enfant rêve de leur ressembler. A cet âge, être le plus fort ou la plus belle semble un but à atteindre et le meilleur moyen d’être aimé(e).

Ces idéaux demeureront profondément inscrits dans notre psyché et seront à l’origine de bien des vocations.

L’APPRENTISSAGE DES LIMITES

Cette illusion de surpuissance va perdurer pendant l’adolescence et parfois bien plus tard, certains ne la perdront même jamais. L’histoire et l’époque témoignent de l’existence de toutes sortes de dictateurs exerçant un pouvoir absolu.

La vie va pourtant apprendre à ce petit d’homme qu’il ne peut pas tout, qu’il n’a pas le droit à tout, qu’il doit apprendre à obéir et à se soumettre car, de plus en plus fréquemment, son désir rencontre celui des autres, celui des parents d’abord, qui ont à cœur de lui enseigner ce qu’ils croient être bien.

LE CONTRÔLE

L’adolescence avec l’école, les études plus ou moins longues, est une période particulièrement propice à ces apprentissages. Peu à peu, le jeune être va renoncer à son idéal de pouvoir et apprendre à se contrôler. Mais jusqu’où ? Parfois jusqu’à renoncer à son désir.

Même si nous savons bien que nous avons tous un certain pouvoir, pourtant, bien souvent, nous renonçons à l’exercer. Pourquoi ne l’exerçons-nous pas ? Parce qu’il peut être plus sécurisant d’obéir et que nous sommes soumis à un conditionnement.

LA SOUMISSION A L’AUTORITE : EXPÉRIENCE DE MILGRAM

C’est après la guerre, dans les années 60 que le psychologue Stanley MILGRAM étudie la question du rapport à l’autorité. Il cherche ainsi à comprendre pourquoi un si grand nombre d’allemands se sont volontairement soumis aux nazis.

Voir la vidéo de Thibaut GOUTTIER qui résume avec pertinence l’expérience de Milgram.

JUSQU’OU PEUT-ON OBÉIR ?

L’expérience de Milgram consiste à demander à des personnes, (les questionneurs), d’envoyer des décharges électriques à une autre personne, (le répondant), prétendument objet de l’étude, chaque fois qu’elles fournissent une mauvaise réponse aux questions qui lui sont posées. Les décharges sont de plus en plus fortes et douloureuses ; certaines vont jusqu’à provoquer la mort. Les ordres sont donnés par le scientifique qui dirige l’expérience et fait figure d’autorité.

En réalité, le répondant est un comédien et les fils électriques ne sont pas branchés. Mais les questionneurs ne le savent pas car ce sont eux les sujets de l’étude.

Par cette expérience, Milgram cherche à comprendre comment des humains ordinaires (les questionneurs) peuvent renoncer à leur pouvoir personnel pour se soumettre à celui d’une autre personne (le scientifique qui pilote l’expérience). Il montre ainsi que la plupart d’entre nous, face à une figure d’autorité, obéissent et sont capables d’infliger la mort.

LE JEU DE LA MORT

En 2009, Christophe NICK et l’équipe du professeur Léon BEAUVOIS renouvellent l’expérience de Milgram à la télévision dans un document nommé « LE JEU DE LA MORT ».

Les résultats sont effarants ! Tandis qu’en 1962, le taux de personnes ayant obéit à une autorité supérieure était de 62 % environ, elle était de plus de 92 % en 2009.

A la fin du document, une équipe de psychologues accompagnée de participants et des auteurs, commente le film et analyse la situation.

Les personnes ayant participé à l’expérience témoignent du profond conflit intérieur entre leurs valeurs et leur besoin d’obéir que leur a fait vivre cette expérience. (Voir le document)

Ils ne comprennent pas ce qui les a forcés à obéir et se sentent coupables. Ils seront d’ailleurs accompagnés par des psychologues pendant la période qui suivra l’enregistrement du document.

Claude Halmos, psychanalyste et écrivaine, explique que plus nous apprenons, plus nous obéissons. « Apprendre,  dit-elle, c’est apprendre à obéir à des règles que nous acceptons sans vérifier leur utilité ou leurs bienfaits ». A l’avenir, « nous devrons apprendre à désapprendre ».

LE POUVOIR DE DÉSOBÉIR

L’expérience de Milgram pose la question de notre conditionnement. Si éduquer consiste à apprendre à obéir, qu’en est-il alors de notre liberté, de notre pouvoir personnel ?

Nous disposons bien d’un pouvoir personnel, mais comment l’exerçons-nous ? Quelle place occupe-t-il réellement dans nos choix professionnels et notre citoyenneté ?

L’analyse transactionnelle propose une grille de lecture de la psyché humaine dont l’objet est de nous aider à développer notre puissance personnelle.

Cette question fera l’objet de notre prochain article #letempsdesmanagers.

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